SEC : Big Sister is watching you!

Elisse Walter, chairwoman de la SEC

Pour tous ceux qui s’intéressent de près au fonctionnement actuel des marchés de capitaux, et aux possibilités d’action des autorités de régulation, nous vous recommandons de visionner la conférence qu’ Elisse B. Walter, chairwoman de la SEC (Securities and Exchanges Commission) a donné le 15 février au Washington College of Law.

Visionner la conférence

En voici les éléments les plus marquants. La SEC est en train de se doter d’outils informatiques puissants et sophistiqués pour recueillir et analyser les données relatives au fonctionnement du marché américain.

1) MIDAS (Market Information Data Analytic System): ce système capturera tous les ordres postés sur les marchés réglementés et sur les plateformes alternatives de négociation, les exécutions et les modifications, y compris les annulations de ces mêmes ordres. L’objectif pour la SEC est bien évidemment d’être mieux à même d’analyser l’impact du trading algorithmique et du trading à haute fréqence sur les marchés; de comprendre les causes de dysfonctionnements tels que le « flash crash » et les problèmes rencontrés par Knight Capital; de déterminer enfin si oui ou non l’allégation selon laquelle les algorithmes de trading apportent de la liquidité au marché est correcte; d’analyser les impacts des régles de marché (comme le « tick size », variation minimum du cours) enfin d’identifier d’éventuels abus de marché dont on soupçonne les traders à haute fréquence.

Les informations recueillies par MIDAS seront rendues publiques.

2) CAT (Consolidated Audit Trail). Ce système est un peu le pendant de MIDAS, mais cette fois du côté des participants au marché, brokers et autres. Tous les participants devront reporter à la SEC l’ensemble de leurs opérations et les clients pour lesquels ils ont traité. Cette piste d’audit grandeur nature permettra à la SEC de reconstituer les chaînes d’information et de transactions et de détecter d’éventuelles irrégularités. Il est prévu d’étendre cette piste d’audit à d’autres marchés, comme celui des dérivés listés ou OTC.

3) Outils d’analyse des reportings obligatoires des participants au marché. La SEC reçoit des masses d’informations issues des reporting réglementaires des participants. Elle se doute d’outils d’analyse qui permettent par exemple de comparer les bilans et les résultats d’une entité avec ceux d’entités comparables, afin de détecter de possibles irrégularités comptables. Un autre outil permet de comparer les flux d’information concernant un émetteur particulier avec les opérations portant sur son titre sur le marché. Il a déjà permis de mettre au jour des cas de délits d’initié. Enfin un autre outil permet même d’analyser des enregistrements téléphoniques au regard des transactions financières effectuées par les protagonistes et d’en donner une représentation visuelle.

Toutes ces initiatives ont pour but de défendre les intérêts de l’investisseur final et de garantir le « level playing field », c’est-à-dire que le petit épargnant ne se trouve pas désavantagé par rapport aux gros acteurs. Il est clair que la SEC ne s’arrêtera pas en si bon chemin et prendra dans un futur proche des mesures mettant un terme à certaines pratiques du trading à haute fréquence. Il suffirait pour cela d’imposer une durée minimale de présence d’un ordre dans le système pour couper court aux pratiques consistant à diffuser de fausses « rumeurs électroniques » via des ordres annulés une fraction de seconde après avoir été postés.

En même temps, il en ressort tout de même un léger malaise. Ce fantasme de visibilité totale rappelle fortement les pratiques d’une agence telle que la NSA.