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Les données

Au terme du processus de négociation, et après l'éventuelle étape de compensation, d'une transaction sur titres (achat-vente, mais aussi prêt-emprunt, pension livrée, dépôt de garantie, …), les parties conviennent d'un échange dont tous les termes sont définitivement connus:

Ces informations constituent les critères d'appariement du règlement-livraison qui va avoir lieu. Le règlement-livraison consiste à matérialiser dans les comptes des deux parties chez leurs dépositaires respectifs le transfert de propriété issu de la transaction négociée.

Les acteurs

Le schéma ci-dessous montre les différents acteurs qui interviennent dans le processus de règlement-livraison en reprenant la terminologie utilisée dans les messages SWIFT qui constituent le standard du marché dans ce domaine.

Le règlement-livraison

Un petit point sur le vocabulaire avant d'aller plus loin. Suivant les pays ou même suivant les établissements au sein d'un même pays (ainsi que sur ce site !) on n'emploiera pas toujours les mêmes termes pour désigner le même acteur.

Voyons maintenant comment se déroule le règlement-livraison proprement dit, ce qui permettra de rentrer un peu plus avant dans le formalisme Swift qu'il est assez utile de maîtriser par exemple quand on travaille dans un back-office titres.

Les instructions

Comme on l'a vu plus haut le point de départ de l'analyse se situe après que la transaction ait été conclue : on est dans la partie  « post-marché » de l'opération. A ce stade les termes de l'échange sont complètement connus c'est pourquoi on ne parlera généralement pas d'ordres, (ce terme est plutôt réservé aux ordres d'achat-vente qu'un investisseur transmet à son broker) mais d'instructions de règlement-livraison.

Chacune des 2 parties transmet à son custodian son instruction de règlement-livraison sous forme d'un message SWIFT. Les messages SWIFT sont identifiés par un code « MT » suivi d'un n° sur 3 chiffres qui caractérise le message. Tous les messages liés à des transactions sur titres ont un n° qui commence par un 5.

Chacune des 2 instructions transmises contient :

Ainsi le « Seller », celui qui livre les titres, émet un MT542 (delivery free of payment) ou un MT543 (delivery against payment) dans lequel il va indiquer l'identité des intermédiaires du « Buyer » :

Réciproquement le « Buyer », celui qui reçoit les titres, envoie un MT540 (receipt free of payment) ou un MT542 (receipt against payment) dans lequel il va indiquer l'identité des intermédiaires du « Seller » :

Ces chaînes d'intermédiaires, avec les n° de comptes associés, constituent ce qu'on appelle les SSI « Standing Settlement Instructions », ou coordonnées de règlement-livraison en français. Les contreparties qui traitent habituellement entre elles s'échangent ce type d'informations afin de pouvoir automatiser le dénouement des transactions titres ou cash.

Dans les instructions SWIFT, les différents acteurs sont généralement identifiés par leurs codes BIC (Bank International Code). Ce code sur 11 caractères est alloué par SWIFT.

Les participants aux systèmes de règlement-livraison (intermédiaires de niveau DEAG / REAG) peuvent également être identifiés par des codes locaux spécifiques à chaque marché. En France le code local est le n° d'affilié Euroclear France, précédé du mot-clé « SICV ».

Voici les 2 instructions envoyées par les parties engagées dans notre exemple:

Instructions de règlement-livraison

Le déroulement

Les instructions sont véhiculées par le réseau SWIFT de l'émetteur vers le récepteur. SWIFT utilise un réseau propriétaire sécurisé qui offre des garanties de fiabilité qui justifient sa large utilisation. SWIFT effectue des contrôles de forme garantissant qu'un message acheminé de bout en bout est correctement formaté et pourra donc être traité automatiquement par le récepteur.

Nous faisons ici comme si le réseau SWIFT était utilisé de bout en bout dans la chaîne, ce qui n'est tout de même pas systématiquement le cas :

A réception, l'intermédiaire, global ou local custodian effectue des contrôles de fond sur le message reçu : le titre existe-t-il , le mode d'expression de la quantité est-il cohérent avec la nature du titre, les n° de comptes indiqués existent-t-ils, appartiennent-ils bien au client émetteur du message, les intermédiaires cités existent-ils bien, etc.

Certains contrôles méritent qu'on s'y attarde un peu :

Le contrôle de cut-off consiste à vérifier que l'heure de réception de l'instruction est compatible avec la date théorique de dénouement souhaitée. En effet l'intermédiaire est tributaire de ses propres intermédiaires et in fine des contraintes de fonctionnement de la place de dénouement. Il ne peut donc s'engager à dénouer à la date souhaitée que si l=son client lui transmet son instruction dans des délais raisonnables. Les cut-offs par place de dénouement font partie du « SLA » (Service Level Agreement) des dépositaires.

Le contrôle de provision titres et cash consiste à vérifier :

Le dénouement

Les instructions ayant franchi tous les obstacles cités ci-dessus, finissent par arrivent chez le dépositaire central. Celui-ci procède d'abord à leur appariement (matching), c'est-à-dire qu'il va reconstituer les paires qui vont ensemble. Soient 2 instructions A et B, celles-ci sont appariées (matched) si

Pour pouvoir dénouer le dépositaire doit effectuer ses propres contrôles de provision titres et cash. Si ceux-ci sont concluants il peut transférer les titres et les espèces entre les 2 agents. Si les provisions titres et / ou cash ne sont pas présentes, les instructions restent « en suspens » (« pending ») jusqu'à ce que le dénouement soit possible.

Si les provisions titres et cash sont présentes, le dépositaire central peut alors confirmer à chaque agent le dénouement. Chacun à son tour confirme à son client custodian, qui ensuite confirme au client final… L'opération est dénouée (settled).

Les cas particuliers

On a décrit ici le cas générique où les chaînes d'intermédiaires sont symétriques et se débouclent chez un dépositaire central unique. En pratique ce n'est pas toujours le cas. Il y a plusieurs causes possibles d'asymétrie.

Tout d'abord les deux parties n'ont pas des statuts identiques sur le marché. Par exemple, l'investisseur final peut être un gérant de fonds qui a recours aux services d'un conservateur global (global custodian). Ses SSI auront typiquement systématiquement 2 niveaux, avec en DECU/RECU ce conservateur global, puis au niveau DEAG/REAG le dépositaire local de ce conservateur global pour la place de dénouement considérée.

En face de lui, le broker est typiquement un intermédiaire de marché local. Il a accès au système de règlement-livraison local via un intermédiaire unique, qui peut d'ailleurs être lui-même : ses SSI pour cette place de dénouement n'auront qu'un seul niveau. Le DECU/RECU dans ce cas est omis.

Exemple de règlement-livraison (1)

Un autre cas particulier intervient quand les deux parties ne conservent pas leurs titres chez le même dépositaire central. Ce cas particulier se présente entre autres fréquemment quand l'une des 2 parties conserve ses titres chez un dépositaire central international ou ICSD (International Central Securities Depository). Ces acteurs un peu particuliers agissent à la fois en tant que dépositaires centraux pour des titres dont ils gèrent effectivement l'émission, mais aussi pour des titres qui sont bien au départ émis chez des dépositaires centraux nationaux. Ils sont au nombre de 2 : Clearstream Banking Luxembourg et Euroclear Bank.

Ainsi dans le cas illustré ci-dessous, le vendeur livre depuis un dépositaire central national, tandis que l'acheteur les reçoit chez Euroclear Bank. Dans ce cas les 2 chaînes de dénouement ne se terminent pas par la même « PSET ». La pratique de marché est toujours d'indiquer, comme pour les autres intermédiaires, le dépositaire central de la contrepartie. C'est la responsabilité des dépositaires locaux de faire en sorte de transférer les titres d'un CSD à l'autre.

Exemple de règlement-livraison (2)

Autre cas particulier, le système de règlement-livraison permet à un participant de livrer des titres à un autre en franco (sans espèces) sans que ce dernier ait besoin de transmettre sa propre instruction. Cette possibilité est par exemple offerte par RGV. Ce mécanisme est réservé à des cas bien particuliers car il est source d'erreurs.

On l'aura compris, de nombreuses variantes sont possibles à partir du cas général présenté ici, les principes généraux restant toujours les mêmes:

Pour aller plus loin

Consulter le site de SWIFT : http://www.swift.com/ . Bien que la documentation complète des messages SWIFT ne soit plus disponible en ligne, on y trouve encore beaucoup d'informations précieuses, dont l'annuaire BIC qui permet de vérifier l'existence d'un code BIC.

Le site de l'ISO 15022 donne une description complète bien qu'austère de tous les messages financiers liés aux titres : http://www.iso15022.org/

Le site du SMPG, Securities Market Practice Group a une approche plus didactique : http://smpg.webexone.com/default.asp?link = . Les spécialistes y trouveront une information précieuse, la liste complète des dépositaires centraux avec leurs codes BIC ainsi que la liste complète des codes locaux propres à chaque marché (Market Identifier Codes).

Pour les développeurs : tout pour construire un message SWIFT sur l'infocentre d'IBM : http://publib.boulder.ibm.com/infocenter/wbihelp/v6rxmx/index.jsp?topic=/com.ibm.wbia_adapters.doc/doc/swift/swift72.htm

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