Asset management: préparer la sortie du tunnel

Article proposé par A2 consulting,
cabinet de conseil en organisation et management.
A2 Consulting

Comment les sociétés de gestion traversent-elles la crise actuelle ?

La dernière crise financière en date a provoqué une aversion aux risques chez les investisseurs. Ceux-ci privilégient ainsi :

  • les classes d’actifs monétaires et obligataires au détriment des actions et des produits alternatifs,
  • les produits répliquant les indices (+ 300 % en 5 ans).
    Ces fonds sont gérés avec des techniques de gestion automatisées dites « passives » par opposition aux gestions « actives ».
  • les fonds ayant une taille et une liquidité suffisantes.

Ce nouveau contexte secoue les sociétés de gestion. Les plus touchées sont celles n’ayant pas la taille critique pour amortir leurs coûts fixes ou étant situées sur des niches de savoir-faire qui pâtissent des choix de réallocation des investisseurs.

Cette profession a déjà traversé des crises financières. L’une de ses missions n’est-elle pas d’accompagner les clients investisseurs dans les différentes phases des marchés ? Mais la crise actuelle est la première qui soit aussi structurelle. La baisse des encours en 2008 et surtout le « mix produit » défavorable pour le chiffre d’affaires de ces sociétés pèsent fortement sur les résultats et rendent nécessaire une profonde réflexion pour nombre d’entre elles.

Nouvelles réglementations et attrait pour la gestion indicielle : le métier s’adapte

Les sociétés de gestion qui préparent la sortie du « tunnel » anticipent le « paysage » à la sortie :

Un contexte réglementaire mouvementé en perspective

Après la MIF en 2007, les sociétés auront à mettre en œuvre la Directive UCITS IV sur les fonds (juillet 2011), les futures directives sur « le cadre réglementaire des fonds non UCITS », et à s’adapter aux réformes sur le « droit des titres » et sur « l’harmonisation des dépositaires ». On sait également que la commercialisation des produits financiers sera davantage encadrée.

Un attrait persistant de la gestion indicielle

Lorsque le contexte sera de nouveau favorable aux placements actions, il est probable que la gestion indicielle captera une part importante de ces nouveaux investissements. Ces gestions permettent de baisser le coût de production car elles sont automatisées sur de gros volumes. Sans surprises pour les investisseurs, qui y recourent de plus en plus fréquemment, leurs performances répliquent simplement les indices.

Les particuliers, une fois leur appétit revenu pour le risque, devraient progressivement se laisser séduire par cette simplicité apparente.

La formation du prix en question

Le capitalisme repose sur des piliers, parmi lesquels la « formation du prix ». Or, celle-ci devient étrangement plus opaque sur les marchés financiers. La privatisation des bourses comme en France (cf. Euronext), l’éclatement de leurs monopoles(1) consacré par la mise en œuvre de la MIF(2), l’extraordinaire envolée des volumes sur les produits négociés de gré à gré favorisent ce mouvement et impactent ainsi :

  • Les acheteurs (sociétés de gestion, investisseurs), qui apprécient difficilement les prix des transactions. La raison en revient à l’émergence d’une multitude de plates-formes électroniques où les prix d’une même valeur sont disséminés et sont basés sur des quantités qui ne sont pas toujours communiquées.
    On peut noter que les professionnels les appellent les « dark pools » ! Pour les transactions de gré à gré, les prix et les quantités sont affichés par les banques de marché. Mais rien ne contraint celles-ci à le faire. Cette mesure est imparfaite, particulièrement lorsque les conditions de marché se gâtent. Pas très rassurant !
  • Les régulateurs ne disposent pas non plus de tous les outils de surveillance qui leur permettraient de diagnostiquer et prévenir les dysfonctionnements (ce qu’a mis en évidence la crise du marché monétaire en 2007). La création de la nouvelle instance de régulation au niveau européen : l’ESCR (European Systemic Risk Council) a pour objectif d’apporter des réponses appropriées.
  • Toutes les entreprises sont concernées. Depuis la mise en œuvre des règles comptables « IFRS (3) », ce sont les prix de marché qui sont la référence pour l’évaluation des actifs des sociétés.

La nécessité de mieux maîtriser la formation des prix aura probablement des conséquences importantes : renforcement des exigences de contrôle et de reporting, responsabilisation des fonctions d’évaluation chez tous les acteurs : banques de marché, marchés électroniques, intermédiaires, sociétés de gestion, investisseurs, agences de notation et autorités nationales de régulation…

Voilà de quoi tester la capacité d’innovation et d’adaptation du secteur !

(1) 15 % des transactions sur les actions du CAC 40 sont maintenant traitées sur les nouvelles plates-formes.
(2) MIF : directive européenne sur les Marchés d’Instruments Financiers, mise en œuvre en novembre 2007 ayant redéfini la relation client, l’organisation /conformité des sociétés de gestion et le monopole des bourses.
(3) Plus particulièrement l’IAS 39.

Yann de Saint Meleuc, Directeur du pôle Finance d’Euroland Consulting

Article initialement publié sur le site de fimarkets le 19 septembre 2010

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