Rencontres climat et finance durable – 3ème édition

Le 7 février 2019 se tenaient les 3èmes rencontres climat et finance durable organisées par Option Finance. Nous allons rendre compte des différentes interventions des participants dans une série d’articles. Ce sera aussi l’occasion de partager de nombreux liens vers des informations complémentaires sur ce sujet d’une actualité brûlante.

Ouverture

Brigitte Collet, Ambassadrice pour les négociations sur le changement climatique

Le fonctionnement économique actuel, soutenu par la finance classique, nous emmène à +4.5°.

Date à retenir: sommet sur le climat organisé par l’ONU le 23 septembre 2019 à New York. Emmanuel Macron est chef de file pour le domaine du financement lors de ce sommet.

Pascal Canfin, Directeur général, WWF

Des leaders dans le monde financier montrent qu’il est possible de développer une autre forme de finance ; puis la régulation s’aligne sur ces nouvelles pratiques. Un pionnier dans ce domaine a par exemple été Henri de Castries, ex PDG d’AXA.

Un exemple significatif de régulation qui suit les initiatives des acteurs économiques est le reporting climat prévu par l’article 173 de la loi sur la transition énergétique.

Un autre exemple est le  Green supporting Factor, soutenu par la commission européenne, qui consiste en un ajustement du modèle de capitaux propres en fonction de l’impact carbone des établissements financiers. Natixis développe et met en œuvre une méthode pour ce type de calcul.

Ainsi, des nouvelles pratiques sont produites d’abord par le monde réel économique, puis sont ensuite traduites en normes par le régulateur.

Introduction

Thomas Verheye, Principal Advisor Green Finance & Investment at EUROPEAN COMMISSION

La finance soutenable est-elle devenue la norme ? Clairement non ! Cependant on peut rester “prudemment optimiste”. L’histoire nous a montré plusieurs exemples de renaissances des sociétés humaines après une grave crise. Cependant la crise est cette fois d’une ampleur différente car elle est mondiale.

Dans la finance, le principal levier d’action est le risque. Les acteurs de la finance sont aujourd’hui conduits à se poser la question : “Quel impact l’environnement (le climat, la biodiversité, l’eau, …) a-t-il sur mon business?”.

La finance doit aussi tenir compte de la demande des investisseurs ainsi que des consommateurs. Or, aujourd’hui les citoyens descendent dans la rue pour réclamer la transition énergétique et la protection de l’environnement.

Le marché de la finance durable est en train de sortir de sa niche mais ne représente encore que 2 à 3 % des volumes totaux, ce qui fait qu’il faut rester prudent. Voir ainsi le rapport de JP Morgan sur la finance soutenable.

Dans les trois P de la “Triple bottom line”: People, Profit, Planet et dans les critères ESG (Environnementaux, Sociétaux et de Gouvernance), la gouvernance vient souvent en premier et en second l’environnement.

Quels sont les obstacles?

  • Un manque de compréhension du risque environnemental : beaucoup de pédagogie doit être faite
  • Un manque d’indicateurs, de méthodes et d’outils : les standards comptables comme les GAAP (Generally Accepted Accounting Principles) ne prennent pas en compte le critère de soutenabilité
  • Par ailleurs, le capital est disponible pour la finance verte, mais pourtant il n’y a pas de deal flow (flux d’affaires)

La Commission européenne a un plan d’action pour la finance soutenable. Une “taxonomie” entre les activités économiques “vertes” et “non vertes” est en train d’être définie.

A l’horizon 2020-2025 toutes les décisions d’investissement devront être prises avec un objectif zéro émission nette à l’horizon 2050. Cela implique:

  • La définition de règles comptables prenant en compte l’environnement
  • Un effort d’éducation, de formation et de recherche
  • Définir ce qu’est un “investissement vert” afin d’alimenter le deal flow
  • Un observatoire de la finance verte.

Table ronde : Une finance verte européenne crédible et compétitive

Laurent Morel, Associé, cabinet de conseil Carbone 4 et administrateur du Shift Project

La faillite de PG&E en Californie est une conséquence directe du changement climatique. D’après les sondages, le changement climatique et une préoccupation des citoyens au même niveau que le chômage et le pouvoir d’achat. Les entreprises s’inscrivent dans une démarche stratégique et le changement climatique devient un sujet du conseil d’administration.

Michèle Lacroix, Head of Group Investment Office, SCOR

Également membre du technical expert group on sustainable finance (TEG) de la commission européenne. Auparavant, HLEG (High Level Expert Group on Sustainable Finance) a rendu ses conclusions le 31 janvier 2018. La Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD), organisée en 2018 par le FSB insiste sur la nécessité de transparence. La loi sur la transition énergétique va dans le même sens.

Le TEG regroupe 35 personnes. Il existe au service de la Commission européenne pour mettre en œuvre les recommandations du HLEG.

Parmi les missions du TEG:

  1. Définition d’une taxonomie pour identifier les investissements “verts” / “non verts”. La durabilité prend en compte le climat et la dimension sociale : par exemple, on ne peut pas envisager de construire une infrastructure “verte”, mais qui détruit la biodiversité.
  2. Définition d’un standard de green bond en euro
  3. Définition d’indices bas carbone et des indices à impact carbone positif
  4. Définition de métriques et de critères de transparence pour les entreprises

Les sous-groupes peuvent étendre la durée de leur mandat, en particulier le premier dont la responsabilité est complexe. La Commission européenne a conscience qu’il s’agit d’une urgence absolue. A l’échelle des travaux habituels de la Commission européenne, on va très vite, l’idée étant de faire rapidement des propositions au niveau mondial.

Bertrand Badré, Fondateur et PDG, Blue like an Orange Sustainable Capital

Il est très compliqué d’exporter le modèle européen au reste du monde. La coopération internationale est en déclin. Il est très difficile de faire comprendre le lien entre Finance et climat. Les premiers à réagir face aux risques physiques ont été les assureurs. Ensuite est venu le risque juridique. Puis vient le risque de transition. A terme le pétrole vaut 0 si on est sérieux.

Les ambitions sont considérables mais il y a un énorme décalage entre les besoins et l’argent public disponible.

Le système financier n’est pas adapté à l’objectif climat : avec un horizon à court terme, une politique de rémunération et des normes comptables qui ne sont pas adaptées. On ne compte que sur les bonnes volontés pour produire de nouvelles normes !

Création du fonds Blue like an Orange Sustainable Capital: mise en œuvre de la feuille de route de la Commission européenne. Objectif de financement dans les pays émergents et en développement.

L’ISR existe mais reste marginal. Investissement Socialement Responsable : oui, mais le reste est-il donc socialement irresponsable?

Catherine Vialonga, Directrice de la gestion technique et financière, ERAFP

ERAFP est un fonds de pension des fonctionnaires créée en 2005. C’est un fonds 100% ISR sur toutes les classes d’actifs avec un calcul de l’empreinte carbone sur quasiment 100% du portefeuille. La politique est de filtrer tous les investissements, mais on aussi une politique plus volontariste avec des fonds dédiés à L’ISR.

ERAFP vote aux assemblées générales des entreprises dans lesquelles elle investit et recherche le dialogue direct avec les dirigeants. ERAFP participe également aux groupes d’Audit Gestion Conseil en vue d’obtenir plus de transparence.

Sophie Rahm, Analyste ESG, Aviva Investors France

Objectif: orienter le capital dans le processus d’investissement. La gestion applique les critères ESG au quotidien. Il s’agit d’un nouveau modèle de finance. Un monitoring est appliqué sur la totalité du portefeuille, et informations au gérant. Objectif : adresser 100 % de l’allocation des portefeuilles.

Également membres du HLEG. Attente en particulier vis-à-vis de la taxonomie et des standards. La standardisation est bénéfique mais il n’en faut pas trop car les méthodes évoluent, et trop de standardisation trop tôt risquerait de tuer des initiatives qui peuvent être utiles. Il faut rester flexible.

Cesare Vitali, Responsable de l’ISR, Ecofi  Investissements

100 % des encours des fonds verts sont gérés en ISR. Notre devoir en tant que gérant : obtenir une performance durable. Les critères ESG permettent de prendre en compte des risques oubliés par la finance classique. La politique d’investissement vise à sélectionner des sociétés qui appliquent un modèle durable. Parmi les critères de sélection :

  • Exclusion: tabac, paradis fiscal
  • Sur-pondération de certains critères
  • Maîtrise des risques ESG par la société

Reporting au client suivant les critères ESG. Reporting d’impact: la note ESG n’est pas très parlante pour le client investisseur. Ajout de données métriques, par exemple création d’emploi, impact carbone du portefeuille…

La gestion vise à influencer les sociétés dans lesquelles le fonds investit en exprimant une opinion. La société de gestion mène un dialogue individuel en posant des questions directes au management des sociétés, exprimant une demande de transparence et d’indicateurs quantitatifs. Elle participe également à un dialogue collectif en commun avec d’autres investisseurs. Au total, 180 sociétés rencontrées. Ecofi Investissement est membre du réseau “Shareholders For Change

Pierre Georges, Senior Director, S&P GLOBAL RATINGS

Le monde de la dette va moins vite que le monde equity. Les investisseurs ne souhaitent pas changer la définition du risque de crédit. Cependant on intègre le risque climat dans la notation. De plus des paragraphes ESG sont ajoutés dans les analyses crédit en vue d’éduquer le marché. Le risque environnemental est intégré dans le risque crédit depuis longtemps.

Green evaluation: impact environnemental du financement. Par exemple dette secured mais par quels types d’actifs? La durée de vie de l’actif par exemple est un critère. On doit mesurer l’impact environnemental absolu et relatif (par rapport à l’ensemble des actifs du même secteur).

L’évaluation ESG complète l’analyse crédit. On évalue l’intégration des facteurs ESG dans la gouvernance. Avant il y avait des équipes ESG dans les entreprises, maintenant le sujet est au niveau du board.

L’objectif est d’incorporer les critères ESG dans 100% des financements analysés par S&P.

A suivre…

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