FRTB – toujours un défi de taille pour les banques

Un article de Ingéniance, Conseil et ingénierie pour la Finance de marché, la Banque et les Assurances.

Par Georg WEHOWAR,
doctorant en mathématiques financières chez INGENIANCE

La crise financière de 2008 a montré des failles dans le contrôle de risques et la réglementation bancaire de l’époque. Depuis lors, le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire a déployé beaucoup d’efforts pour améliorer la surveillance des activités des banques, stabiliser leurs besoins en fonds propres pour faire face à des évènements créant de graves tensions, et améliorer le contrôle des différents risques, notamment de crédit et de contrepartie.

Les origines de FRTB

Dans une première étape, une série de révisions des accords de Bâle II a été publiée, pour être finalement remplacée par les nouvelles réglementations de Bâle III. Cependant, quelques faiblesses n’ont pas encore été éliminées : en particulier concernant le risque du marché et la définition du portefeuille de négociation, les accords ont été considérés comme insuffisants. Pour y remédier, le Comité de Bâle a annoncé une révision fondamentale du portefeuille de négociation dite FRTB (« Fundamental Review of the Trading Book »).

Trois ans plus tard, en janvier 2016, la norme finale parue sous le titre Exigences minimales de fonds propres en regard du risque de marché commence à faire évoluer les banques dans leur gestion de risque et toute leur chaîne de production de rapports réglementaires, pour une entrée en vigueur complète en janvier 2019.

Les enjeux de la mise en place de FRTB

Marine, consultante MOA avec 4 années d'expérience dans le risque de marché chez un de nos clients CIB, explique l’importance de très bien comprendre l'intégralité de cette chaîne : « Pour le calcul du risque du marché, l’approche fondée sur les modèles internes, ainsi que l’approche standard, sont complètement transformées. Par ailleurs, le calcul des sensibilités selon l’approche standard devient obligatoire aussi pour les acteurs qui utilisent les modèles internes, et servira de base crédible et comparable. La méthode standard des sensitivités exigée par FRTB inclut maintenant trois différents types de mesure de risque : Delta, Véga et la Courbure – chez mon client, les deux premières mesures étaient calculées différemment, et la dernière n’était pas calculée à ce jour. »

« Ensuite, le procédé de l’attribution de profits et pertes à une catégorie de risque est affecté par FRTB. L’objectif est de diminuer les profits et pertes inexpliqués pour pouvoir mieux comprendre et expliquer les risques auxquels les banques sont exposées. Un autre pilier central du FRTB est l’introduction de la valeur en risque conditionnelle dite « Expected shortfall » (ES), qui doit être calculée quotidiennement en plus de la VaR classique suivant le modèle interne. ». Selon Marine, le grand volume des données posera un vrai défi : non seulement faut-il implémenter la production de nouvelles mesures de risque pour toutes les entités de la banque, mais il est également obligatoire d’adapter l’ES aux divers scénarios de chocs pour chaque facteur de risque et ce, sur différents horizons de liquidité. L’ES pouvant être interprété comme une moyenne des pertes qui dépassent la VaR, il rend mieux compte des risques extrêmes.

« D’ailleurs, contrairement à la VaR, l’ES est une mesure de risque cohérente », explique Georg, mathématicien avec une spécialisation en mathématiques financières chez Ingéniance. « C’est-à-dire, par l’ES, les effets de la diversification d’un portefeuille sur son risque peuvent être finalement modélisés, et on élimine donc un grand désavantage de la VaR. Le changement le plus important est que l’ES tient compte des pertes extrêmes – des événements très rares, mais avec un impact très significatif. Pour obtenir une bonne estimation de l’espérance de ces pertes extrêmes, il faut avoir observé et sauvegardé les données de facteurs de risque sur une longue période. Quelle que soit la méthode d’estimation de la VaR et de l’ES – historique, Monte Carlo ou Peaks Over Threshold – le besoin en données augmente, et une bonne gestion de ces données et de leurs volumes devient indispensable. »

Conclusion

En résumé, on peut constater qu’en plus d’un immense effort technique, il ne faut pas oublier les enjeux et le challenge fonctionnel que représente la réglementation FRTB pour l’ensemble de la banque. Pour aider ses clients, tant dans la phase d’analyse des impacts que lors des phases d’implémentation, Ingéniance analyse et étudie les problématiques réglementaires et ses impacts pour ses clients sous tous les angles, capitalisant sur la connaissance et l’expertise de ses consultants. Car, aussi bien dans son contexte général que dans ses détails techniques, Ingéniance est conscient de l’importance du FRTB pour ses clients, et suit attentivement les évolutions de la réglementation, afin d’assurer son devoir de conseil.